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Chimistes pour l'environnement

La crédibilité des scientifiques en matière de changements climatiques

17 Juillet 2010 , Rédigé par Thierry Publié dans #Science

    

Un article paru récemment dans Proceedings of the National Academy of Science indique, chiffres à l’appui, que les chercheurs qui soutiennent que le réchauffement est d’origine anthropique sont plus nombreux, publient davantage et ont une reconnaissance plus importante que les sceptiques et les contradicteurs.

 

La difficulté de se faire une opinion

Pour le commun des mortels qui n’est pas expert en science du climat ou qui ne connaît pas le monde de la science tout court, il est difficile de se faire une opinion sur les changements climatiques et d’évaluer qui a raison dans la controverse sur l’origine anthropique du réchauffement planétaire. Le problème est d’autant plus ardu, qu’en général, on se fie à ce que rapportent les médias, notamment Internet.

 

On peut en effet se demander si la place qu’accordent les médias à ceux qui mettent en doute (les sceptiques) ou réfutent carrément (les contradicteurs) l’origine anthropique du réchauffement planétaire est justifiée. Parmi les vrais chercheurs, pas les pseudo-scientifiques ou les personnes qui n’y connaissent rien, quelle importance les sceptiques et les contradicteurs ont-ils réellement dans la communauté scientifique ? Quelle est leur « crédibilité » dans le domaine de la science du climat par rapport à ceux qui soutiennent que le réchauffement climatique est essentiellement d’origine humaine ? Publient-ils beaucoup ? Sont-ils souvent cités par leurs pairs et les autres ?

 

Pour y voir plus clair, des chercheurs des Universités de Toronto et de Stanford (Califormie) et de la William and Flora Hewlett Foundation (Califormie) ont évalué le nombre, l’impact et l’importance des chercheurs qui sont « convaincus » que le réchauffement est d’origine anthropique et ceux qui ne le sont pas (les « non convaincus »).

 

Rappelons ici aux non scientifiques que la finalité des chercheurs est de publier leurs travaux dans des journaux spécialisés, plus ou moins renommés, à l’issue d’une évaluation stricte par des pairs. C’est exactement le cas de l’article qui est résumé ici. Ce processus d’évaluation, spécifique à la littérature scientifique, est certainement le meilleur qui existe, et donne une forte crédibilité aux travaux publiés, même s’il n’est pas totalement infaillible.

 

À la suite du processus d’arbitrage, un article peut être accepté tel quel, des corrections plus ou moins importantes peuvent être exigées (parfois de nouvelles expériences sont nécessaires), ou le manuscrit peut être carrément refusé. Les articles doivent être basés sur des données originales et les résultats sont discutés par rapport aux travaux antérieurs d’autres équipes cités en référence. Un article publié se voit donc cité (ou non) à son tour par les autres.

 

La proportion de sceptiques et contradicteurs

De la présente étude, il ressort que 1372 chercheurs publient dans le domaine de la science du climat, 908 ayant publié plus de 20 articles. De ce nombre, 817 sont des convaincus, 93 des non convaincus. Parmi les 50 chercheurs les plus importants (selon le critère du nombre de publications évaluées par des pairs), 2% sont des non convaincus. Si on considère les 100 ou 200 plus chercheurs les plus importants, les non convaincus représentent respectivement 3 et 2,5%.

 

Donc, parmi les scientifiques experts qui publient le plus dans le domaine du climat, l’écrasante majorité est convaincue (environ 97-98%). Quoiqu’on en dise, cela donne du poids et de la crédibilité aux travaux des scientifiques dits « convaincus ». De plus, si on compare leur nombre de publications, les convaincus ont publié en moyenne 119 articles, contre 64 pour les non convaincus. Les chercheurs qui ont publié moins de 20 articles sont à 80% des non convaincus et moins de 10% sont des convaincus.

Credibilite chercheurs Nb publications

Nombre de chercheurs convaincus (et non convaincus ayant un certain nombre de publications relatives au climat. La graduation de l’axe des abscisses indique la limite droite de l’intervalle du nombre de publication (20-50, 51-100, 101-150, etc.)

 

  « L’expertise »

Les auteurs ont ensuite considéré les 50 chercheurs les plus importants (ceux qui publient le plus) de chaque groupe (convaincus / non convaincus), de façon à mieux comparer leur « expertise » respective. Le critère sur lequel les auteurs se basent ici est le nombre d’articles publiés. Bien qu’imparfait, ce critère donne une idée des connaissances et de l’importance d’un chercheur et de son équipe dans un domaine donné. Le nombre d’articles publiés est reconnu unanimement dans la communauté scientifique comme un indice de la qualité d’un chercheur. Si on considère ces 50 experts les plus importants de chaque groupe, les convaincus ont publiés en moyenne 408 articles et les non convaincus 89. Ce résultat suggère aux auteurs que, selon ce critère, les convaincus ont une expertise plus grande que les non convaincus.

 

L’importance/la reconnaissance

L’importance de la contribution des chercheurs peut être évaluée d’après le nombre de fois que leurs travaux sont cités dans l’ensemble des articles de la communauté scientifique. Le nombre de citations montre l’impact qu’un article a dans un domaine donné. Ce critère élargit même le domaine de reconnaissance puisque toutes les sphères scientifiques peuvent potentiellement citer ces travaux.

 

 Credibilite chercheurs Nb citations

Nombre de chercheurs convaincus (et non convaincus ayant un certain nombre de citations pour leur 4 articles relatifs au climat les plus cités. La graduation de l’axe des abscisses indique la limite droite de l’intervalle du nombre de publication (20-50, 51-100, 101-150, etc.)

 

Si on regarde les 4 articles les plus cités des convaincus ayant plus de 20 articles scientifiques publiés et ceux des non convaincus, les premiers sont cités 179 fois en moyenne et les seconds 105 fois.

 

Puisqu’un un nombre de citations élevé pour un article peut simplement être le reflet du fait que cet article concoure à une controverse scientifique, les auteurs ont fait le même dénombrement pour les second, troisième et quatrième articles seulement. Les résultats sont en accord avec ceux obtenus en considérant les 4 premiers articles.

 

Bien que le nombre de citations ne soit pas un critère parfait, les auteurs concluent que de ces résultats que les chercheurs convaincus ont une reconnaissance/importance bien plus grande que les non convaincus dans la littérature scientifique.

 

Conclusion

Ce travail montre que les chercheurs dits « convaincus » sont plus nombreux, publient plus, et sont plus régulièrement cités que les non convaincus. Les auteurs en concluent que les « convaincus » ont plus « d’expertise » et ont plus d’impact.

 

Sur une note plus personnelle, notons que les résultats présentés suggèrent qu’en moyenne les  scientifiques « convaincus » sont de plus grands chercheurs et qu’ils sont plus reconnus. Pour confirmer cette conclusion, il serait intéressant de faire le même exercice en mesurant le « facteur d’impact » des journaux dans lequel les scientifiques publient. En effet, les articles sont publiés dans des journaux spécialisés qui ont chacun un facteur d’impact. Ce facteur est un indice de l’importance d’un journal et tient compte du nombre de citations de ce journal et du nombre d’articles publiés dedans.

 

Ajoutons également que les thèses opposées à une théorie prédominante sont saines pour la science, à conditions évidemment que ces thèses opposées proposent également des arguments tout aussi solides que ses « concurrentes » et parviennent elles-mêmes à expliquer les faits expérimentaux. Ne perdons pas de vue que les chercheurs « convaincus » expliquent par des processus physico-chimiques reconnus l’essentiel des observations entourant les changements climatiques, incluant les effets des contributions anthropiques.

 

Finalement, et de façon générale, chacun devrait considérer l’expertise réelle d’une personne ainsi que ses arguments avant de lui donner une quelconque importance lorsque cette personne fait des affirmations sur l’évolution du climat et du rôle joué par l’espèce humaine.

 

Source : William R. L. Anderegga, James W. Prallb, Jacob Haroldc et Stephen H. Schneidera « Expert credibility in climate change », Proceedings of the National Academy of Science 107 (2010) 12107–12109.

Lien vers le résumé de l’article.

Voir la vidéo de l'entrevue avec le Pr. Stephen Schneider, co-auteur de l'article, sur le site Climate Progress.

 

 

 

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jipebe29 30/07/2010 13:22



Cette étude veut donc nous faire croire que la majorité est plus qualifiée et que donc elle a nécessairement raison. En appliquant ce principe, que de découvertes majeures auraient été rejetées :
la Relativité, la Mécanique Quantique, la géométrie non euclidienne, le big bang, la dérive des continents, l'expansion de l'Univers, l'effet tunnel, ....


Ce qui compte, ce n'est pas la quantité, mais la qualité. Et une seule publication sur une théorie innovante balaye plusieurs centaines de publications(quelle qu'en soit la qualité). Exemple : La
théorie de Svensmark,relative au rôle des rayons cosmiques solaires et galactiques sur la formation des nuages bas, qui ont une influence prépondérante sur la pluviométrie et les températures.
C'est une théorie révolutionnaire et sa seule publication vaut plus que des centaines d'autres publications (fort honorables au demeurant, mais sur des thèmes relativement mineurs).


Pour information : cette théorie est en cours de tests au CERN (65 scientifiques de divers pays y participent). Les premiers résultats la confirment , mais attendons la fin de la batterie de
tests pour savoir si elle est validée ou non.


Cette étude ne démontre en fait rien du tout, si ce n'est, peut-être, que les carbocentristes se citent les uns les autres et essayent de bloquer les publications dérangeantes (il y a
des exemples concrets de ces obstructions).


 



Thierry 31/07/2010 16:10



Merci de ce troisième commentaire. Je laisse les internautes juges de votre opinion et de vos insinuations que je conteste totalement. Votre raisonnement ne reflète pas la réalité du
monde scientifique.