Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chimistes pour l'environnement

Le programme Fourchette Bleue : entrevue avec Sandra Gauthier, directrice générale de Exploramer

20 Novembre 2009 , Rédigé par Thierry Publié dans #Général

« Exploramer, la mer à découvrir » est une institution muséale de Saint-Anne-des-Monts en Gaspésie dont la mission est de sensibiliser le public à la préservation et à la reconnaissance du milieu marin du Saint-Laurent dans l’environnement. (Voir la présentation de l’institution sur son site).

 

Le programme Fourchette Bleue : entrevue avec Sandra Gauthier - Logo ExploramerComme indiqué sur le site Internet de Exploramer, le programme Fourchette Bleue, pour une saine gestion des ressources marines  « encourage les restaurants et les poissonneries de la Gaspésie à offrir des saveurs méconnues parmi les nombreuses espèces comestibles du Saint-Laurent, dans une perspective de développement durable et de protection de la biodiversité.

Ce programme d’accréditation, en encourageant la diversification de la consommation de produits marins, permettra aux pêcheurs de diversifier leurs prises et donc, en fin de compte, de réduire la surpêche de certaines espèces. Laminaires, oursins verts, chair de phoque, maquereau… il y en a pour les plus téméraires, comme pour les plus timides ! » (Voir le programme sur le site d'Exploramer)

 

Ce qui suit est le compte-rendu d’une entrevue téléphonique que j’ai eue le 10 novembre dernier avec Sandra gauthier, Directrice Générale de Exploramer.

 

Sandra Gauthier raconte que l’idée du programme Fouchette Bleue a germée dans son esprit en mai 2008 lors d’un voyage à Vancouver et d’une visite de l’aquarium de la ville, où elle a découvert la mise en place du programme « sea choice », une initiative locale visant à développer une gestion durable des espèces marines. Ce programme associe la couleur verte à des espèces marines dont les stocks sont bien gérées et que l’on peut consommer sans crainte ; la couleur jaune est associée à des espèces qu’il ne faudrait consommer qu’occasionnellement car les stocks de population sont inquiétants ; finalement, la couleur rouge distingue des espèces dont la population est faible ou menacée et qu’il ne faudrait pas consommer. (Voir le site de Seachoise).

 

Comme l’Indique Sandra Gauthier, la philosophie de Fourchette Bleue est différente. Elle se veut moins coercitive, plus positive, davantage tournée vers le développement durable. L’idée principale était d’impliquer les pêcheurs dans le programme. Pour ce faire, quoi de plus efficace que d’inciter les restaurateurs et les poissonneries à proposer d’autres fruits de mer ou d’autres poissons à leurs clients et consommateurs ? Ainsi, les pêcheurs se trouvent à avoir de nouveaux marchés, des marchés pour des espèces marines inexploitées. C’est ce qu’on choisi de faire Sandra et son équipe. Ainsi, en pêchant ses « nouvelles » espèces et en diminuant les prises des espèces menacées, on soulage ces dernières d’une pression qui risque d’avoir des effets irréversibles sur l’état des populations.

 

Le programme en est à sa première année d’existence. L’Institut Maurice Lamontagne (Pêches et Océans Canada) apporte son aide scientifique. Celui-ci aide en effet à établir la liste des poissons et crustacés du golfe du Saint-Laurent qui présentent un intérêt gustatif pour les consommateurs et les restaurateurs et qui sont exploitables sans mettre les mettre en péril. Des poissonneries et des restaurateurs s’engagent ainsi à proposer ces espèces marines à leurs clients et sont alors accrédités « Fourchette Bleue ».

Sandra souligne l’importance d’impliquer les pêcheurs pour le développement durable. Pour eux, les premiers effets bénéfiques commencent à poindre à l’horizon. En effet, auparavant (dans le cadre d’une gestion « classique », pour ne pas dire simpliste, des ressources marines), certains poissons qui étaient ramassés dans les filets étaient simplement jetés aux poubelles ou rejetées à la mer parce qu’ils ne présentaient d’intérêt pour personne. Avec la venue de Fourchette bleue, ils sont maintenant conservés et revendus. C’est le cas par exemple pour la baudroie. Les pêcheurs pourraient donc voir leur chiffres d’affaire augmenter à l’avenir, alors que l’on connaît les difficultés actuelles des pêcheurs du fait de la baisse progressive de population des espèces surexploitées.

 

Concernant le « recrutement » des restaurateurs et des poissonneries, Sandra Gauthier explique que trois séances d’information ont été organisées. On peut affirmer qu’il s’agit d’un succès puisque 32 restaurants et poissonneries ont été accréditéées dès la première année.

 

Pour ce qui est de la suite du programme, la liste des poissons « intéressants » sera réévaluée chaque année. D’abord parce qu’à mesure que des espèces auront été « adoptées » par la population et feront partie intégrante de nos menus, elles seront retirés de la liste. Elles seront alors remplacées par des espèces moins connues. Ensuite, parce que Pêches et Océans Canada publie des rapports sur l’état des populations anuellement ou tous les 4-5 ans selon les espèces. Ces données permettront donc d’ajuster la liste de Fouchette Bleue.

Quand on mentionne une possible extension de Fourchette Bleue à d’autres régions du Québec, Sandra Gauthier reste prudente : « pas avant 2 ans », dit-elle « afin de vérifier que le programme fonctionne parfaitement en Gaspésie ». Mais nul doute que ce programme sera une belle réussite. On peut d’ailleurs déjà affirmer que c’est le cas.

 

Félicitations donc à Sandra Gauthier et à l’équipe d’Exploramer pour cette idée lumineuse et ce beau programme de développement durable !

 

Et si vous passez par la Gaspésie, n’hésitez pas à aller manger dans un resto Fourchette Bleue. J’en ai testé et vous les recommande fortement.

 

 

Voir également l’article sur « aller au restaurant et faire du développement durable ».
 
Voir aussi la page sur les achats écoresponsables

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article